Conditions de travail, inflation : pourquoi ils ont manifesté ce jeudi à Poitiers ?

Conditions de travail, inflation : pourquoi ils ont manifesté ce jeudi à Poitiers ?

Jeudi 29 septembre, entre 800 et 1.500 manifestants ont défilé à Poitiers, mobilisés pour la grève interprofessionnelle. Les salaires insuffisants et les conditions de travail dégradées étaient au coeur des préoccupations des grévistes.

« L’inflation continue d’augmenter sur les produits de premières nécessités et les salaires, eux, n’évoluent pas », résume Julien Hemon, secrétaire de l’union départementale CGT de la Vienne.

Comme lui, plusieurs responsables syndicaux comme des particuliers de tous bords se sont joints à la marche. La CGT, l’union syndicale Solidaires, Sud Santé Sociaux ou encore Greenpeace étaient dans les rangs, aux côtés de partisans de la France Insoumise, Europe Écologie les Verts, du Parti communiste ou encore Lutte ouvrière.

Les revendications majoritaires portaient sur l’inflation, les salaires et les conditions de travail. Le manque de reconnaissance était aussi dénoncé par beaucoup de travailleurs.

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Les employés de Marie Surgelés en grève depuis 4 jours

Depuis le 26 septembre, à Mirebeau, les employés de Marie Surgelés ont cessé la production.

Dysfonctionnements techniques, démission des responsables, manque de personnel… Plusieurs employés ont décidé de manifester contre la dégradation progressive de leur travail.

« On ne peut plus tenir le rythme pour les volumes à produire, nous sommes en surcharge de travail », dénoncent les représentants CGT.

« Nous faisons désormais une heure de plus le vendredi, travaillons les samedis et les jours fériés. On nous a proposé une augmentation de salaire de 3,5 %». Un montant très insuffisant alors que l’inflation est actuellement à 5 %. « On demande 6 %, mais la direction est contre. Si nous refusons de signer pour 3,5 %, nous n’aurons rien. On attend une nouvelle négociation ce soir. »

Des employés de Marie Surgelés Mirebeau étaient présents pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail.

©Photo NR/CR Eva Proust

La santé au coeur de la grève

Plusieurs corps de métier de la santé étaient présents dans le cortège, tous révoltés face à la dégradation de l’accès aux soins et des conditions de travail.

« Au CHU, il nous manque 19 médecins urgentistes, nous n’avons plus de pédiatre aux urgences la nuit et depuis le 23 septembre, il n’y a plus de médecin du travail pour le suivi des salariés », déplore Catherine Giraud, diététicienne salariée au CHU de Poitiers et responsable communication à la CGT.

« On ne peut plus garantir la sécurité des personnes. Les fermetures aux urgences de Montmorillon et Loudun représentent des chances de survie en moins pour les populations éloignées de Poitiers. »

Avec la CGT, elle a fait circuler un questionnaire auprès de 400 employés. Il en ressort que 89 % déclarent ne pas partir en vacances, ou encore que 94 % considèrent leur salaire inadapté à leurs responsabilités et à leurs missions.

Même colère du côté des psychiatres : à l’hôpital psychiatrique de Poitiers, le pavillon Van Gogh a fermé une de ses unités. « Ce pavillon accueille les patients de Châtellerault et cette fermeture représente 18 lits en moins », explique François Dupuis, infirmier psychiatrique à l’hôpital Henri-Laborit.

« À Châtellerault, les urgences psychiatriques ont fermé la nuit. Il y a une forte détresse morale dans la population, mais on perd la capacité à hospitaliser. Les moyens sont dirigés sur les centres médico-psychologique (CMP), qui ne sont pas en mesure d’assurer notre rôle avec des patients qui nécessitent un suivi conséquent. »

Des conditions dégradées dans tous les corps de métiers

Vanessa est éditrice dans une grande entreprise d’édition. Elle aussi s’est déplacée pour dénoncer un rythme de travail épuisant et un manque de compréhension de la part sa hiérarchie.

«J’ai 50 ans et je touche 1.500 euros par mois, primes compris. Au bout de 12 ans, on m’a demandé d’être muté à Rennes la moitié de la semaine, et de rester l’autre moitié à Poitiers. Je n’ai pas la possibilité de payer un loyer ou des frais de déplacement supplémentaires. »

Sans issue, elle a décidé de se mettre en arrêt de travail pour ne pas perdre son poste. Son espoir repose sur son avocate, qui doit négocier les conditions de cette mutation. « On est de moins en moins protégé dans notre emploi, c’est un manque de respect. »

Delphine, Atsem dans une classe de petite section de Valdivienne, est aussi sur place pour témoigner son mécontentement envers un métier qu’elle ne peut plus assurer correctement. « Il faudrait plus de personnel. Depuis la rentrée, je passe mes journées à changer des couches, et en attendant, la maîtresse doit se débrouiller seule pour surveiller la classe, gérer et animer les activités. »

Elle reproche également le manque de reconnaissance envers sa profession. « On a une grande responsabilité envers les enfants, en plus de devoir assurer la garderie le matin, la journée de classe puis le périscolaire ensuite. Soit 10 heures par jour, pour toucher le Smic. J’ai à peine 40 ans et je me demande comment je vais pouvoir continuer à exercer plus tard. »

Plusieurs associations et groupes syndicaux ont menés la marche à travers Poitiers, depuis Porte de Paris jusqu’à la préfecture.

©Photo NR/CP Eva Proust

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