Disparition du sociologue Michel Pinçon

Je suis Charlot

Ils étaient inséparables, la mort les a séparés, ce mercredi 28 septembre de l’an de grâce 2022. Michel Pinçon s’en est allé (à 80 ans), laissant Monique (Pinçon-Charlot) poursuivre seule leur croisade – la croisade d’une vie – contre les riches, et surtout les ultra-riches.

Le directeur de recherche au CNRS aura étudié et poursuivi sans relâche les riches de France, ceux que le peuple n’aime pas trop, car c’est injuste. Cependant, il y a riches et riches : ceux qui travaillent dur et gagnent plein d’argent comme Magali Berdah, et ceux qui font travailler les autres ou leur argent, on pense à un gros banquier, par exemple.

Les riches se divisent donc en deux catégories : les bosseurs, qualifiés avec mépris de parvenus, et les non-bosseurs, dits aussi rentiers, ou héritiers. Certes, il y a des rentiers qui bossent, ou investissent, mais on va rester chez les Pinçon un peu.

En France, aujourd’hui, le saut de classe à la classe supérieure est devenu difficile, surtout si on ne possède rien au départ (c’est notre cas). On reste dans la tranche moyenne de la classe moyenne qui doit choisir entre les vacances et la bidoche. On survit en slalomant entre les problèmes. On peut en vouloir à ceux qui n’ont pas ces soucis mais ça ne change pas grand-chose de leur couper la tête.

On l’a vu avec 1789 : après, c’était pire ! On a tué le Roi, et on a eu la Banque.

On mentirait si on disait qu’on a lu tous les PC (Pinçon-Charlot), on en a acheté un, leur dernier, un best-seller, La Violence des riches, et il a glissé de nos mains à la moitié : mal écrit (à l’universitaire), faible dans l’abstraction. Pourtant, ça parle désindustrialisation, mais ça ne s’élève pas au-dessus du niveau du témoignage de terrain. On dirait une revue de presse, assez déprimante il est vrai, de la PQR. On n’apprend pas grand-chose, à part que les Français sont victimes d’un programme néolib de massacre économico-social, ce qu’on savait déjà.

Dans leurs livres précédents sur les bourges et les aristos, il y a sûrement de bonnes choses, surtout quand on prend l’axe de la gauche du travail, de la lutte des classes. Mais la droite des valeurs, pas question, chez les PC !

« Si c’est Marine Le Pen, ça sera terrible »

Si au départ le couple des PC était solidaire de la lutte des Gilets jaunes, quand le mouvement a commencé à se durcir, à sortir des clous balisés par les contestataires gauchistes classiques, quand les GJ radicaux ont commencé à viser les vrais centres de pouvoir, ceux du pouvoir profond, quand les GJ ont visé la tête de l’hydre, les PC se sont un peu volatilisés.

Viser les riches, les Pinault, les Arnault, les Bolloré, d’accord, mais pas plus, hein ! Mais ne soyons pas chiens, le soutien a quand même été là.

Là où c’est plus embêtant, c’est quand la PC s’est rétractée après la diffusion du documentaire Hold-up, qui dénonçait la manipulation de masse du covidisme. C’est le délateur Naulleau, le petit commissaire politique de l’émission d’Hanouna, qui a fait le job pour la Kommandantur.

 

Ce sont les limites du pinçonisme, et ça nous permet d’introduire la dernière partie, justement baptisée les limites du pinçonisme.

Les limites du pinçonisme

On écoute Monique dans la chambre noire de Thinkerview à 01’01’21 :

« En même temps je crois, je veux espérer que le dérèglement climatique va permettre l’interconnexion de toutes les inégalités et va permettre à la conscience de classe de se généraliser et de se dire “ben c’est pas possible, c’est pas cette petite caste qui va, qui va nous tuer”, parce que finalement, au final, avec le dérèglement climatique tel qu’il s’annonce, c’est bien la partie la plus pauvre de l’humanité qui va mourir. »

On devait faire un article sur Michel et finalement on n’a parlé que de Monique. Les féministes ne nous en voudront pas car, selon elles, derrière chaque grand homme, il y a une (grande) femme.

La nécro de France Info

Les ouvrages de référence du couple s’appellent Dans les beaux quartiers (PUF, 1989) ou encore Les Ghettos du gotha (Seuil, 2007). Il avait d’abord publié deux livres sur les milieux populaires, dont un en 1982 (Cohabiter) à l’issue d’une longue enquête en immersion dans une cité HLM de la banlieue de Nantes.

Puis, constatant le désintérêt de leurs collègues sociologues pour les plus favorisés, le couple avait choisi de se plonger dans la vie des familles fortunées. Grâce à l’entremise d’un collègue issu de cette classe sociale, Paul Rendu, ils avaient pu s’entretenir avec et partager un peu la vie des très riches, dont ils étaient extrêmement critiques.

Les deux sociologues ont publié des pamphlets contre deux présidents de la République. Ce fut Nicolas Sarkozy en 2010, dans Le Président des riches : enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy. Puis Emmanuel Macron en 2019, dans Le Président des ultra-riches : chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron.

Les PC étaient proches de Mélenchon, qui a appelé à voter contre Marine a deux reprises, donc pour Macron. On retombe toujours sur cette contradiction majeure de la gauche.

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