«J’ai un gros problème d’hygiène corporelle, comment recommencer à prendre soin de moi?»

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Cette semaine, Mardi Noir conseille A.B., qui aimerait retrouver une image d’elle plus valorisante, et ainsi trouver la force de se laver plus régulièrement.

«Je peux rester une semaine sans me laver le corps, et deux semaines sans me laver les cheveux», s'inquiète A.B.. | kevin Baquerizo via Unsplash
«Je peux rester une semaine sans me laver le corps, et deux semaines sans me laver les cheveux», s’inquiète A.B.. | kevin Baquerizo via Unsplash

Chère Mardi Noir,

J’ai un gros problème d’hygiène corporelle depuis 2015.

Je peux rester une semaine sans me laver le corps, et deux semaines sans me laver les cheveux. Cette difficulté à prendre soin de moi est liée à une perte d’identité de l’image de soi. Je suis diagnostiquée schizophrène et depuis que je suis sous neuroleptiques, mon poids est passé de 54 kg à 93 kilos.

(À cela s’ajoute un déménagement: changement de région, changement de culture… Je ne m’y suis pas encore faite!)

Comment puis-je retrouver une image de moi plus valorisante, de manière à prendre soin de moi et m’apporter les soins d’hygiène corporelle nécessaires?

A.B.

P.-S. Je précise que mon manque d’hygiène n’est pas dû à une perte de contact avec la réalité.

Chère A.B.,

Vous me donnez à la fois peu et beaucoup d’éléments, et j’aimerais vous poser plusieurs questions. Alors, comme à mon habitude, ce n’est peut-être pas dans ma réponse que vous trouverez des solutions, mais dans les interrogations que je m’apprête à soulever.

Ce n’est jamais évident de répondre sur ce qui s’apparente à la norme, ici celle de l’hygiène corporelle. Je relève cette histoire de norme parce que vous me donnez le détail: une fois par semaine pour le corps, une fois toutes les deux semaines pour les cheveux. Un peu comme si cette précision allait déclencher chez le lecteur un mouvement de recul. Or, ça n’a pas été mon cas; ma première réaction a été: «Oh bah ça va!»

Seulement, peut-être qu’avant 2015 –d’ailleurs que s’est-il passé pour vous en 2015?– vous étiez coquette. Ou était-ce déjà difficile de prendre soin de vous? Était-ce un effort? Pour conclure sur cette histoire de nombre de lavages par semaine, j’aimerais savoir si ça vous pose un problème à vous (ce qui est possible) ou si c’est quelqu’un de votre entourage qui pense que ce n’est pas normal de si peu se laver.

Je sais que la grande crainte de beaucoup de personnes est de ne pas être ou apparaître normal.

Vous parlez de «perte d’identité de l’image de soi» et d’un «diagnostic de schizophrénie». Ces mots posés viennent, j’imagine, de professionnels de santé. Ces mots prononcés encadrent, définissent ce qui vous trouble. Seulement, qu’est-ce que «la perte d’identité de l’image de soi» pour vous? Comment se traduit concrètement cette phrase scientifique dans votre quotidien?

Peut-être que vous pourriez l’écrire, avec vos mots. Qu’est-ce que c’est que cette perte? Vous me demandez comment retrouver cette image de soi, comme si elle vous attendait au guichet des objets perdus. Mais elle ne semble pas totalement perdue, puisque vous la mobilisez toutes les semaines pour vous laver. Vous n’avez pas complètement abandonné cette idée d’image et d’hygiène.

À mon avis, il va plutôt falloir vous autoriser à déplier cette «presque-perte» avec un psy. J’en viens donc à ce déménagement qui semble difficile à vivre et je me demande si vous avez une structure hospitalière de confiance vers laquelle vous pouvez vous tourner. Est-ce que ceux qui vous ont diagnostiquée vous ont orientée? Dans votre cas, il me semble important que vous puissiez restaurer un lien avec des soignants; de pouvoir faire des allers-retours entre chez vous et des professionnels à votre écoute et mettre en mouvement cette image de soi. Mais peut-être est-ce déjà le cas?

Je sais que la grande crainte de beaucoup de personnes est de ne pas être ou apparaître normal. Et je l’entends avec sérieux car c’est facile pour les personnes soi-disant normales d’appeler toutes et tous à accepter les bizarreries, les différences et autres joyeusetés singulières. Seulement, certains ne parviennent pas à le faire, et sont donc en recherche de supposés codes pour atteindre ce qui serait une apparente normalité.

Alors je finirai sur ce point: vous pouvez toujours apprendre à vous conformer à une moyenne d’hygiène que vous jugerez convenable, à appliquer des conseils pour vous aider et cela peut très bien fonctionner. Il doit bien exister des ateliers qui donnent des trucs et astuces.

Mais vous, c’est l’image de soi que vous voulez retrouver, vous avez déjà l’intuition que cette histoire d’hygiène se joue ailleurs et qu’il faudra, avec de l’aide, redessiner des contours corporels qui vous sont propres.

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