Le BTP, une (r)évolution permanente

Nouvelles exigences écologiques, nouvelles manières de travailler, nouveaux matériaux… Le BTP évolue en même temps que les attentes de la société en révolutionnant l’ensemble de ses méthodes et de ses outils. Tour d’horizon des efforts réalisés par ce secteur en pleine mutation.

Bien loin de l’image d’un secteur figé, le BTP redouble d’inventivité pour répondre aux nouvelles exigences du XXIe siècle et pour s’armer face à la complexité grandissante des chantiers.

Pour faire face à ces nouveaux défis, les acteurs du secteur se sont ainsi dotés de nouveaux outils et de nouvelles méthodes de travail. Multiplication des expertises et des métiers, pratique croissante de la coactivité, recours aux groupements d’entreprises… Ces bouleversements s’imposent à la fois pour réduire les coûts et les délais, mais aussi comme moyen d’intégrer les nouvelles normes RSE à l’ensemble de la chaîne de valeurs. Car le secteur du BTP produit en effet aussi des efforts considérables sur les questions environnementales et sociétales. Protection de la biodiversité, utilisation de nouveaux matériaux moins polluants, réduction des nuisances pour les riverains… Les acteurs du secteur s’engagent de toute part pour réduire leur impact sur le climat et sur le vivant.

Le béton, au cœur de toutes les préoccupations

Omniprésent dans l’ensemble des constructions modernes, le béton représente l’un des leviers principaux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du BTP. À l’échelle mondiale, le béton est effectivement responsable, à lui seul, de 7 % des émissions de GES ! La faute revient plus spécifiquement à un composant utilisé pour la fabrication du ciment : le clinker. Ce dernier, en chauffant, se « décarbonate », libérant de grandes quantités de GES. Environ 800 kg de CO2 sont ainsi libérés pour chaque tonne de ciment produit.
Beaucoup d’entreprises, comme LafargeHolcim, Cemex, ou encore Calcia, proposent ainsi des formules de béton « bas carbone », où la part du clinker est plus faible. « Ces gammes spécifiques garantissent les mêmes qualités (résistance, dureté…) qu’un béton classique. Mais la part de clinker est réduite et remplacée par d’autres ressources disponibles dans les territoires comme les laitiers de haut-fourneau ou les cendres volantes de centrales électriques thermiques », explique Florent Dubois, responsable construction chez LafargeHolcim.
La startup française Hoffmann Green Cement Technologies va néanmoins encore plus loin en proposant un ciment réalisé sans cuisson ni clinker. Une formule tellement révolutionnaire qu’elle a fini par attirer l’attention de plusieurs grandes entreprises du BTP français, dont Demathieu Bard, Eiffage et Nivet, qui ont d’ores et déjà rempli le carnet de commandes de la jeune pousse vendéenne. Eiffage a ainsi déclaré vouloir utiliser ce ciment ultra-bas-carbone pour la construction des Ateliers Gaité de Montparnasse, à Paris. Le groupe Nivet, quant à lui, souhaite utiliser le ciment produit par Hoffmann Green pour le marché du béton prêt à l’emploi.
Enfin, de plus en plus de constructeurs mettent également aujourd’hui en avant la notion de « mix matériautique », qui consiste à utiliser en priorité des matériaux recyclés ou biosourcés. La nouvelle réglementation des bâtiments « RE2020 », entrée en vigueur en janvier 2022, promeut d’ailleurs spécifiquement ces matériaux qui stockent du carbone au lieu d’en émettre, à l’image du bois. Exemple emblématique de mix matériautique, la tour Hypérion, construite à Bordeaux par Eiffage, a été réalisée à partir d’un noyau en béton et de planchers de bois massif contrecollés. Le constructeur estime que la mise en œuvre du bois massif a permis de réduire de 25 % les émissions de CO2 du chantier. Achevée en 2021, la construction de la tour Hypérion est une preuve parmi d’autres que les acteurs du BTP n’ont pas attendu l’évolution de la législation pour s’emparer de nouvelles méthodes de construction plus respectueuses de l’environnement.

Pollution sonore, protection de la biodiversité… : le BTP se mobilise pour réduire ses externalités négatives

La protection de l’environnement ne se limite néanmoins pas à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est pourquoi le secteur du bâtiment s’est engagé, depuis plusieurs années, à réduire le plus possible ses (nombreuses) externalités négatives, celles qui nuisent à la tranquillité des riverains, comme celles qui peuvent modifier durablement les écosystèmes. L’impact sur la biodiversité et la pollution sonore sont des préoccupations sociétales majeures et la plupart des entreprises en font un axe d’effort sur leurs chantiers.

Le bruit est une des problématiques les plus étudiées par les entreprises du BTP. Un problème qui se pose notamment lorsqu’elles réalisent des travaux dans des zones denses ou sensibles, comme des centres-villes. La société d’ingénierie Ingérop s’était ainsi entourée d’acousticiens-conseils à l’occasion du chantier des Halles, à Paris. Le travail de ces acousticiens a consisté à produire des recommandations pour atténuer les nuisances sonores des travaux, par exemple en recommandant l’utilisation d’outils bruyants au même moment, ou bien la mise en place d’un système d’alarme pour les camions dont le moteur n’aurait pas été éteint. D’ailleurs, de plus en plus de sociétés n’utilisent plus les « bips de recul » des engins de chantier, particulièrement irritants pour les riverains et les opérateurs, remplacés par le « cri du Lynx », qui a la particularité d’être presque inaudible en-dehors de l’axe de recul du véhicule.

Concernant la protection de la biodiversité, de nombreuses entreprises du secteur se sont engagées dans le club U2B (Urbanisme, Bâti et Biodiversité) fondé par la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Réuni quatre fois par an avec l’ensemble de ses membres, le Club sensibilise à la biodiversité en ville, à l’artificialisation des sols ou encore au danger des surfaces vitrées pour les oiseaux. La LPO conseille d’ailleurs parfois spécifiquement les entreprises du BTP en délivrant des conseils techniques. Eiffage Aménagement a ainsi été accompagnée par l’association de protection de la biodiversité dans la construction de l’écoquartier LaVallée , à Châtenay-Malabry. Cet accompagnement personnalisé a consisté à délivrer des formations de sensibilisation aux équipes du constructeur, notamment sur l’intégration de la biodiversité aux bâtis.

Si ces évolutions des pratiques et des mentalités en matière écologique sont les bienvenues, reste que leur application dans la réalité par l’ensemble des acteurs d’un chantier est loin d’être une évidence, a fortiori dans un secteur avec une si grande diversité d’entreprises… Pour autant, ces nouvelles règles et ces nouveaux standards RSE pourraient bien être facilités dans leur application par l’évolution parallèle des méthodes de travail du BTP.

Quand les entreprises s’unissent pour répondre aux nouveaux défis du BTP

Parce que les chantiers, les projets et les technologies utilisées sont devenus de plus en plus complexes, les acteurs du BTP ont été amenés à diversifier leurs expertises et leurs métiers pour proposer une offre plus complète.

Cette multiplication des métiers et des techniques a ainsi entraîné la recrudescence des groupements momentanés d’entreprises (GME), qui permettent à plusieurs sociétés de postuler conjointement pour un même appel d’offres. Ces groupements ont fini par devenir la norme pour des projets extrêmement techniques et interdisciplinaires, à l’image des nombreux chantiers du Grand Paris Express (GPE), qui nécessitent tous une palette d’expertises diverses et où les délais s’en retrouvent d’autant plus compliqués à respecter.

En effet, l’un des avantages les plus évidents des groupements d’entreprises est qu’ils facilitent la pratique de la coactivité comme méthode de réduction des délais. En faisant travailler simultanément plusieurs entreprises et sous-traitants d’un même groupement dans différents secteurs d’un même chantier, les sociétés du BTP se donnent les moyens de réaliser des gains de temps précieux. « Le délai global des opérations [du Grand Paris Express, NDLR] a nécessité de mettre en place une co-activité sur les chantiers actuels », explique ainsi Pascal Hamet, directeur du projet du lot 1 de la Ligne 16 chez Eiffage Infrastructure. « Nous mettons les zones déjà terminées par Eiffage Génie Civil à disposition des prestataires extérieurs, certains d’entre eux étant d’ailleurs d’autres branches d’Eiffage ». De fait, lorsque l’entreprise dispose en son sein de compétences multiples, la coactivité est optimisée par l’habitude de travailler ensemble, qui permet notamment la prise rapide des décisions face aux aléas. Une approche des chantiers déjà éprouvée par le groupe français pour un autre projet majeur, la LGV Bretagne — Pays de la Loire, où Eiffage a pu orchestrer l’intervention de ses filiales Génie Civil, Rail, Energie et Système pour respecter les délais fixés par le maître d’ouvrage.

Mais les groupements d’entreprises ont également d’autres avantages moins immédiatement perceptibles, comme nous l’évoquions précédemment. En effet, parce qu’ils réunissent une grande diversité d’entreprises (grands groupes, ETI, PME…), les groupements facilitent également la mise en cohérence des règles, normes et standards environnementaux et sociaux. Cela permet donc de diffuser largement ces bonnes pratiques RSE auprès de toutes les entreprises impliquées, qui peuvent se les approprier et les appliquer rapidement pour d’autres projets. Une manière d’irriguer toute la chaîne de valeur du BTP avec ces nouvelles méthodes aux standards les plus exigeants.

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