Le «fexting», l’engueulade par SMS qui peut se retourner contre vous

Temps de lecture : 3 min

Une pratique notamment utilisée par le couple le plus puissant des États-Unis (non, pas Beyoncé et Jay-Z).

Évitez les émojis et l'ironie. | Shawn Fields via Unsplash
Évitez les émojis et l’ironie. | Shawn Fields via Unsplash

Dans un entretien accordé à Harper’s Bazaar au printemps, Jill Biden confiait qu’avec son mari Joe, qui exerce le doux métier de président des États-Unis, elle pratiquait régulièrement le «fexting». Mélange de «fight» et de «texting», ce mot-valise anglophone désigne le fait de s’engueuler par SMS interposés.

Dans le cas du couple présidentiel, l’objectif premier est d’éviter de se disputer devant les agents des services secrets. Mais le commun des mortels s’y adonne énormément, même sans être directement sous surveillance, rappelle le Huff Post. La journaliste Brittany Wong a notamment parlé du «fexting» avec Cindy Shu, thérapeute spécialisée dans les problèmes conjugaux et familiaux. «Mes clients disent que les SMS leur laissent la possibilité de maintenir un certain niveau de connexion, tout en ayant l’espace nécessaire pour s’exprimer sans retenue», détaille l’analyste.

La pratique peut être très appréciable pour tout un ensemble de raisons –et de personnes, aussi. Les individus introvertis ont par exemple bien du mal à verbaliser leurs émotions ou leurs griefs, et trouvent dans l’échange de SMS une manière de pouvoir réfléchir à la meilleure manière de dire les choses et la possibilité de prendre le temps nécessaire pour ça.

«Cela permet aussi de pouvoir se calmer avant de répondre», analyse Lia Huynh, elle aussi thérapeute conjugale et familiale. Autrement dit, le «fexting» permet de réduire les risques de prononcer des mots mal choisis, que l’on risquerait de regretter immédiatement. «Je conseille souvent à mes clients de patienter avant de répondre à un SMS vindicatif envoyé par leur partenaire. D’aller faire un tour, de respirer profondément, puis de répondre. Vous n’avez pas ce luxe quand vous vous trouvez en face de la personne.»

Les couples avec enfants pratiquent souvent le «fexting» sans le savoir, l’objectif étant d’éviter à tout prix de se prendre le bec devant leur progéniture. Car celle-ci peut-être vite marquée, pour ne pas dire traumatisée, par des paroles blessantes ou un ton qui monte. D’ailleurs, Lia Huynh conseille aussi d’utiliser les textos pour gérer certains conflits avec un ado. «Une discussion par messages permet à l’ado de garder la face et de se sentir moins mis à nu, émotionnellement parlant.»

Effets pervers

L’un des revers de la médaille, c’est que les SMS liés aux conflits peuvent ensuite être utilisés pour être montrés aux proches ou aux thérapeutes. «Les couples ont souvent tendance à sortir leurs smartphones pour prouver que l’autre a tort, et ainsi prendre l’avantage dans une discussion», confirme l’analyste Judith Aronowitz.

Seulement voilà: «Essayer de gagner un débat ou de prouver qu’on a raison ne doit pas être l’objectif d’une conversation saine, même si elle s’échauffe», met en garde Judith Aronowitz. «Pour réellement résoudre un problème, il vous faut comprendre le point de vue de la personne aimée et vous mettre à sa place autant que possible.» Bien que ce soit très tentant, brandir un SMS n’est donc pas forcément la meilleure façon d’avancer.

Les aspects négatifs du «fexting» sont par ailleurs multiples, comme le développe Shana Trimble, thérapeute pour couples et familles: «Cela peut provoquer des problèmes de communication: le fait que l’un des partenaires évite les SMS de l’autre peut aussi exacerber ce qui, au départ, n’était qu’un simple débat.» L’échange par textos n’empêche donc pas de respecter un certain nombre de règles.

Le Huff Post donne donc un certain nombre de conseils, dont on peut estimer qu’ils ne sont pas tous bons à prendre: «utiliser des émojis», vraiment? Dire une horreur ou faire preuve de mauvaise foi produira un résultat encore plus négatif si le message en question est accompagné d’un émoji, quel qu’il soit. En revanche, il semble effectivement sage, comme suggéré dans l’article, d’éviter le «fexting» lorsqu’on a un goût prononcé pour l’évitement ou lorsque le sujet devient vraiment trop sérieux pour être traité autrement que de vive voix.

On ajoutera un conseil supplémentaire, qui ne figure pas dans cet article: plus encore que lors d’une dispute en face-à-face, il convient d’éviter l’ironie, qui passe extrêmement mal à l’écrit –même accompagnée d’un émoji souriant. Mais il ne fait aucun doute que Jill et Joe Biden sont déjà parfaitement au courant. Sinon, leur couple n’aurait pas tenu quarante-cinq ans.

Lien source : Le «fexting», l'engueulade par SMS qui peut se retourner contre vous