Manif anti-bassines à Sainte-Soline : le procès des quatre interpellés renvoyé

Manif anti-bassines à Sainte-Soline : le procès des quatre interpellés renvoyé

Quatre hommes interpellés le samedi 29 octobre 2022 à Sainte-Soline lors de la manifestation anti-bassines ont été présentés devant la justice en comparution immédiate ce lundi 31 octobre, au tribunal de Niort. Le procès a été renvoyé à leur demande.

Rarement, on aura vu un déploiement de forces de l’ordre autour du tribunal de Niort comme celui de ce lundi 31 octobre 2022 à grands renforts de fourgons de CRS. Circulation fermée, passage filtré sur présentation d’une carte d’identité, nombre de véhicules et d’hommes impressionnant… Le lieu était placé sous très haute surveillance pour la tenue d’un procès.

Pas vraiment un procès relevant du plus grand banditisme mais un procès à très haute portée symbolique : celui de quatre participants à la manifestation contre les réserves de substitution qui s’est tenue ce week-end des 29 et 30 octobre, à Sainte-Soline, dans le sud des Deux-Sèvres. Hautement symbolique parce qu’il a suscité des réactions jusqu’au sommet de l’Etat, notamment des ministres de l’Intérieur et de l’Agriculture, le premier n’hésitant pas à qualifier une partie des manifestants d'”écoterroristes”, assurant qu’il y avait parmi eux “des fichés S”.

Procès renvoyé au 28 novembre

Visiblement, ce n’était pas le cas des quatre prévenus présentés devant le tribunal ce lundi 31 octobre en comparution immédiate. Comme ils en ont le droit, les quatre ont demandé un renvoi de leur procès, le temps de préparer leur défense. Ce n’est donc que le 28 novembre à 13 h 30, date à laquelle il a été renvoyé, que les faits qui leur sont reprochés seront examinés précisément.

Mais les quelques débats qui ont eu lieu, notamment pour décider de leur sort d’ici au procès n’ont pas dessiné le portrait de grands délinquants, loin de là, poursuivis pour “participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens”.

Trois sont complètement inconnus de la justice, n’ayant aucune condamnation à leur casier judiciaire ; le quatrième en a une seule suite à une altercation avec un agent de la RATP pour une histoire de ticket de métro il y a trois ans. L’un est retraité de l’Education nationale, un autre vient de créer son entreprise et les deux plus jeunes sont frères, vivant chez leur mère, projetant de créer une entreprise de maraîchage. Aucun ne réside en Deux-Sèvres, trois sont domiciliés en Charente et l’un en Loire-Atlantique.

Il faut que la justice vienne dire “stop” aux infractions qu’on a vues

Julien Wattebled, procureur de la République, Niort

“Ce ne sont pas les quatre auxquels on peut reprocher le plus d’infractions, ni ceux qui ont le casier judiciaire le plus lourd, ce sont ceux qu’on a pu interpeller” a déclaré le procureur de la République, Julien Wattebled.

Mais il a tenu en introduction à replacer cette comparution immédiate dans son contexte. “Ce à quoi nous avons assisté ce week-end, ces violences et dégradations, c’est intolérable. A un moment, il faut que la justice vienne dire “stop” aux infractions qu’on a vues, à la radicalisation d’un mouvement qui, depuis plusieurs années manifeste et à chaque fois, c’est pareil. À chaque fois, ce sont des dégradations et des violences contre les forces de l’ordre. Et au fur et à mesure, on voit des noyaux de plus en plus durs. Cette spirale, c’est à moi qu’il appartient d’y mettre un terme. J’ai peur car aujourd’hui, on n’est plus du tout sur un débat d’idée. On voit des termes comme “ennemis” pour désigner la préfète, la gendarmerie, les agriculteurs qui soutiennent le projet… Cela distille un sentiment de peur !”

Aussi a-t-il prévenu : “Le message de ces comparutions immédiates est très simple : nous organiserons des déferrements systématiques. Ceux qui viennent en Deux-Sèvres pour commettre des violences ne sont pas les bienvenus”. Il a demandé le placement des quatre sous contrôle judiciaire jusqu’au 28 novembre, l’interdiction d’apparaître en Deux-Sèvres et de détenir ou porter une arme. Des réquisitions qui ont été suivies par le tribunal.

“Le terrorisme, c’est le gouvernement par la terreur”

“J’ai un peu de mal à comprendre la démarche qui encombre le tribunal et mobilise des escortes. On nous a bassinés dans les médias. Selon Darmanin, les quatre qui sont là aujourd’hui seraient des écoterroristes. C’est un nouveau terme, je ne sais pas ce que cela veut dire !” a déclaré l’avocate de deux des prévenus, Me Hanna Rajbenbach.

“Le terrorisme, selon la définition du Petit Robert, c’est le gouvernement par la terreur. Quand on voit 1.500 gendarmes, 8 hélicoptères déployés, le nombre de tirs… Je me demande de quel côté se situent le terrorisme et la terreur !” a-t-elle poursuivi. “Avec les moyens déployés, les 1.500 gendarmes mobilisés, plus d’un million d’euros ont été dépensés pour réprimer des manifestants. Des gens qui veulent tout simplement dénoncer un projet, un accaparement de l’eau. Un écocide !” selon l’avocate.

“Je m’étonne de cette réponse absolument pas judiciaire mais politique !”

“Je vous demande de ne pas rentrer dans cette spirale de la répression politique. Vous n’êtes pas ici pour juger une lutte mais quatre personnes ! Je m’étonne de la politique radicale du parquet qui dit : “Attention, si vous venez lutter contre les bassines, vous n’êtes pas les bienvenus”. Je m’étonne de cette réponse absolument pas judiciaire mais politique !”

“On a pris ces quatre-là pour faire un exemple !”

Le conseil des deux autres prévenus, Alexis Baudelin, s’est lui aussi interrogé sur le mot “écoterroriste” employé par le ministre de l’Intérieur. “Les mots ont un sens. L’État, par ces propos-là, bascule aussi dans une forme de terrorisme”.  Comme sa consoeur, “quand j’entends le procureur de la République parler d’un phénomène de radicalisation et de violences de plus en plus importantes, je me demande, moi aussi, de quel côté. On a déployé plus de 1.500 gendarmes et des quantités d’hélicoptères pour protéger un terrain vague !” Pour le reste, “nous ne savons pas qui a commis des infractions. Le procureur le reconnaît lui-même, ces quatre personnes ne devraient pas être là.  On aurait pu avoir n’importe qui. On a pris ces quatre-là pour faire un exemple !”

Les quatre prévenus sont repartis libres mais placés sous contrôle judiciaire. Ils ont été accueillis par les applaudissements d’une cinquantaine de personnes venues en soutien participer à l’audience. 

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