«Mon compagnon souffre d’un trouble psychique grave, comment gérer la situation?»

Temps de lecture : 4 min

Cette semaine, Mardi Noir conseille Macha, qui soutient tant bien que mal son ami malade auprès duquel elle ne trouve plus l’engagement affectif d’antan et ne se sent pas soutenue en retour.

Cet être, aimé autrefois autrement, n'est plus là. | Charlie Foster via Unsplash
Cet être, aimé autrefois autrement, n’est plus là. | Charlie Foster via Unsplash

Chère Mardi Noir,

Mon compagnon souffre d’un trouble psychique grave, dont on est actuellement en train de déterminer le diagnostic. Son entourage est au courant de sa maladie, mais je reste son principal soutien, ce qui n’est pas simple: comme souvent dans ce genre de cas, la relation devient à sens unique, la personne malade étant difficilement capable de s’engager affectivement et émotionnellement, et on n’ose pas le lui dire de peur de la culpabiliser encore plus. Ce pourrait être supportable, mais le problème, c’est qu’il est difficile de se plaindre et d’être soutenue car on n’est pas considéréecomme la personne malade. Comment gérer tout ça, cette solitude, le vide créé par la maladie et j’avoue, parfois, cette envie de tout laisser tomber? Je n’arrive plus à savoir ce qui est égoïste ou normal.

Macha

Chère Macha,

Vous décrivez ici une situation particulièrement difficile. Se considérer comme le principal soutien de votre compagnon, c’est presque vous transformer en ce compagnon, puisque si je saisis vos propos, vous avez dans l’idée que si vous en faites moins, ou si vous vous retirez de cette relation, votre ami va s’effondrer. Vous êtes en train de devenir plus qu’une béquille, vous fusionnez ses appuis avec les vôtres, voire vous êtes, si j’en crois ce que vous me dites, sa colonne vertébrale. Puis, vous écrivez qu’il ne serait pas de bon ton de vous plaindre puisque vous n’êtes pas «la personne malade». Or vous l’êtes, vous aussi. Ou du moins, vous en prenez le chemin en pensant que vous êtes celle qui maintient un semblant de raison, de vie, d’amour au sein de votre foyer.

Je suis navrée de vous l’apprendre mais ce genre de situation ne se gère pas. J’ai peut-être tort mais c’est ce que je crois. C’est éprouvant, fou, particulier, intense, et se concevoir gestionnaire de ces moments c’est, à mon sens, être déjà en train de les fuir. De plus, imaginer qu’il peut y avoir une façon normale d’envisager votre nouveau rôle d’amoureuse, infirmière, psychologue, assistante sociale me semble illusoire. L’amour sans vrais problèmes est déjà un problème en soi et met les protagonistes à l’épreuve.

La question que vous devriez vous poser est d’ordre singulier. Que signifie pour vous le fait de vous retrouver dans cette histoire?

S’il y a quelque chose à «gérer», c’est votre culpabilité

Pour certains couples, duos d’amis, familles, c’est à la vie à la mort, c’est parfois dur, mais la question se pose à peine, on plonge ensemble, on se relève ensemble, on crève ensemble, ou on attend qu’un des deux soit complètement au tapis et on avisera à ce moment-là. Ça crée parfois du ressentiment («j’ai tout fait pour qu’il ou elle s’en sorte et maintenant que ça va mieux, il ou elle me quitte»).

D’autres se tirent très vite, ceux-là sont souvent mal vus, considérés comme lâches. Ils quittent le navire dès la moindre difficulté, sans se poser de cas de conscience: l’autre est fou après tout, qu’il ou elle se débrouille, je ne suis pas là pour jouer au psy.

Vous me semblez être tiraillée entre ces deux extrêmes et s’il y a quelque chose à «gérer» dans la situation qui vous occupe, c’est peut-être votre culpabilité et ce que vous nommez votre «égoïsme», qui est sans doute un terme péjoratif pour désigner ici vos capacités. Vous dites ne pas oser lui reprocher son manque d’intérêt pour votre relation puisqu’il est au plus bas. J’entends tout à fait vos peurs, mais cela vous met dans une place de spectatrice qui, je le crains, vous éloigne et risque d’augmenter vos doutes.

Il n’y a pas de «c’est normal de» qui tienne. L’un pourrait vous dire «c’est normal de rester», et l’autre «c’est normal de partir».

Ce n’est jamais évident d’avoir à dire ceci, mais il faut avoir le courage de constater le réel: la décompensation d’un proche est douloureuse aussi pour l’entourage, c’est parfois synonyme de deuil si on ne bascule pas avec l’autre dans ce qui lui arrive. L’écart se creuse.

Voir quelqu’un qu’on aime délirer, tenter de mettre fin à ses jours, en être témoin au quotidien est éminemment difficile. Cet être aimé qui vous affirme sa volonté d’en finir ou qui ne vous parle plus que des voisins qui ont installé des micros dans votre appartement, cet être, aimé autrefois autrement, n’est plus là. Le lien qui vous unit à lui est changé, profondément. S’il revient un jour, saurez-vous passer outre ces moments? C’est évidemment possible, mais je ne peux pas le savoir à votre place, vous-même ne le savez peut-être pas encore.

Sans grande surprise, je vous conseille d’aller déplier tout ceci chez un psychologue. Dans un premier temps, pour vous soutenir, et puis pour éclairer les raisons de cet amour ou de ce désamour ainsi que les grands enjeux qui traversent cette relation. Y découvrir si le lien à l’autre peut se modifier ou pas, y analyser ce que vous mettez en place dans cette union et ce que vous pouvez en tirer comme savoir sur vous-même.

Il n’y a pas de «c’est normal de» qui tienne. L’un pourrait vous dire «c’est normal de rester» et l’autre «c’est normal de partir», ou encore «c’est normal de vous octroyer quelques moments bien à vous». Ce ne sont pas les autres qui sont dans cette histoire, c’est vous et votre ami. Pour déblayer un peu le terrain, et à défaut de pouvoir parler à votre ami, faites-vous entendre chez un psy.

Lien source : «Mon compagnon souffre d'un trouble psychique grave, comment gérer la situation?»