« Ninjababy », allo maman bobo

« Je ne veux pas d’enfant », assure la jeune héroïne du film de Yngvild Sve Flikke, comédie singulière et sans tabous.

Inspiré d’un roman graphique, ce film mélange images réelles et séquences d’animation, dans lesquelles le « Ninjababy » prend vie.

« C’est la vie », est-il dit en français dans le film norvégien « Ninjababy », réalisé par Yngvild Sve Flikke (sortie le 21 septembre) et qui avait été présenté en avant-première aux Rencontres du Cinéma de Gérardmer. La vie, pour Rakel (jouée par Kristine Kujath Thorp), jeune femme libre de 23 ans, c’est essentiellement de se laisser porter par le vent et de faire la fête. Du genre bordélique, Rakel veut vivre sans entraves et a des tas de projets, dont elle ne concrétise aucun. Le ciel lui tombe sur la tête lorsqu’elle remarque des signes d’une grossesse jamais envisagée, et lui retombe dessus lorsqu’elle découvre qu’elle ne peut plus avorter car enceinte de plus de six mois, sans même avoir de gros ventre.

« C’est la vie », mais ce n’est clairement pas une bonne nouvelle pour cette fille perdue cheveux gras, qui a « zéro envie d’être mère ». « Je ne veux pas d’enfant », assure Rakel, pourtant bien obligée de mener sa grossesse à son terme. Son idée fixe est de se débarrasser de ce petit être humain qui grandit en elle, mais sans culpabiliser. Refusant de se sentir coincée, d’être maman avant de l’avoir imaginé ou décidé, et d’assumer la responsabilité d’un enfant qu’elle n’a pas souhaité, elle envisage alors de le faire adopter. Un bébé ninja, comme elle le surnomme, qui prend déjà vie à l’état de fœtus, vaguement crayonné dans ses carnets.

Comme une sorte de Jiminy Cricket qui lui fait la morale, la conseille, la raisonne, la culpabilise… « Ninjababy » devient un personnage dans des séquences d’animation réalisées par Hinga Saetre, autrice d’un roman graphique qui a inspiré ce film. Mère et bébé entament ainsi une conversation imaginaire dans cette comédie singulière, sans complexes ni tabous. « Ninjababy » est un film féministe, qui parvient à traiter avec légèreté d’un sujet sérieux, le déni de grossesse, le non désir d’enfant, la peur de la maternité, et la solitude d’une jeune femme enceinte que la pression sociale voudrait contraindre à ne pas « abandonner » son enfant. La petite voix de « Ninjababy » est souvent la voix de la raison, apportant humour et sensibilité à un événement important de la vie, généralement sacralisé, dans la vie comme au cinéma. Sauf dans ce film.

Patrick TARDIT

« Ninjababy », un film de Yngvild Sve Flikke (sortie le 21 septembre).

Le ciel tombe sur la tête de Rakel (jouée par Kristine Kujath Thorp) lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte de plus de six mois.

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