Réforme des retraites, devoir de mémoire et chaos à venir

Les cheminots se rappellent sans doute encore aujourd’hui la brutalité avec laquelle Emmanuel Macron avait imposé une réforme de la SNCF. Une réorganisation qui mit fin à son statut d’Établissement Public Industriel et qui entérina la fin du Statut de ses agents.

Bernard Aubin, secrétaire général du syndicat First.

Par Bernard Aubin

Le combat mené par les cheminots pour défendre leurs acquis et l’avenir de l’Entreprise Publique ne fut pas particulièrement populaire. Rares ont été les Français à comprendre que la démarche du nouveau Président de la République ne constituait qu’une première étape vers la mise en œuvre d’autres réformes, ou plutôt vers d’autres reculs sociaux impopulaires.

Gilets jaunes et Covid

Gilets Jaunes et Covid en avaient décidé autrement. Les provocations, la condescendance, et même le mépris adressés au Français par « Jupiter » furent à l’origine d’une révolte sans précédent, manifestée de manière spontanée, incontrôlable et surprenante. Du jamais vu sous cette forme en France.

C’est dire la capacité d’exaspération, l’aveuglement et l’orgueil d’un jeune fougueux bardé de certitudes, n’ayant comme première ambition que de donner libre cours à ses réformes technocratiques, quelles qu’en soient les conséquences.
Un entêtement puéril, qui a conduit les citoyens dans les rues et planté des millions de Voyageurs sur les quais des mois durant, dans la plus grande indifférence du Pouvoir en place.

Le mea culpa présidentiel

Le 14 juillet 2020, Emmanuel Macron adressait pourtant au Français son mea culpa, reconnaissant « erreurs » et maladresses ». « J’ai mené au début de ce quinquennat avec le gouvernement d’Édouard Philippe des réformes tambour battant, parce que je considérais que c’était sur ce pacte que les Françaises et les Français m’avaient élu… Mais j’ai donné le sentiment à nos concitoyens qu’au fond, je réformais pour eux malgré eux, comme pour adapter le pays à quelque chose qu’ils n’aimaient pas tellement, qui n’était pas juste », poursuivait-il.

Dans son allocution, le Président de la République promettait « d’associer davantage, … de passer davantage par le dialogue social, par l’association avec les élus. Et c’est peut-être de bâtir plus fortement une confiance fragile avec tous les Français, de quelque bord politique qu’ils soient ».

Les mêmes méthodes

La façon dont le Chef de l’État mène aujourd’hui la réforme des retraites rappelle curieusement les méthodes entreprises à l’encontre de la SNCF et de ses agents. La stratégie mise en œuvre n’a pas bougé d’un iota.

Si l’acte de contrition a bien eu lieu, il n’a pas été suivi d’une élévation d’esprit ou de comportement. Macron reste fidèle à lui-même. Ses marques de fabrique semblent à jamais gravées dans le marbre : précipitation, aveuglement, autoritarisme, provocation. Les mêmes causes auront les mêmes conséquences. Qui peut en douter?

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