Vienne : la défense du docteur Péchier dénonce les nouvelles accusations

La défense du docteur Péchier, soupçonné par le parquet de Besançon de huit nouveaux cas suspects d’empoisonnement, réagit ce mercredi 28 septembre 2022 aux accusations. Son nouvel avocat, Me Takhedmit, dénonce la méthode. Interview.

Alors que la défense du docteur anesthésiste Frédéric Péchier s’apprêtait à demander la clôture de l’instruction tentaculaire ouverte depuis six ans, sans perspective d’aboutissement proche, le parquet de Besançon vient de verser huit cas suspects d’empoisonnements au dossier qui en comportait déjà vingt-quatre.

Une décision et une méthode qui font bondir sesfenseurs, Me Randall Schwerdorffer et le Poitevin Lee Takhdemit arrivé récemment dans le dossier. Ce dernier réagit aux dernières annonces.

Comment avez-vous réagi à la conférence de presse du procureur de la République de Besançon?

“C’est une entorse au principe du secret de l’instruction. Quel est le but ? Je ne sais pas… Sur le fond, la méthode qui consiste à empiler des demandes de mise en examen pour des faits qui sont à l’évidence connus puisqu’il ne travaille plus comme médecin maintenant depuis six ans est inacceptable.
Il faudrait qu’on accepte que le parquet se répande, qu’il requiert dans les médias, sans que l’on puisse répondre sans pouvoir, nous, évoquer des éléments du dossier couverts par le secret de l’instruction. Que dire, à part continuer à clamer son innocence?

En janvier dernier le procureur de Besançon répondait à la presse qu’une partie des cas suspects pourrait être laissée de côté, et, là, huit nouveaux surgissent…

“Qu’est-ce qui va les empêcher dans trois ans, quand ils auront épuisé ces huit cas, d’en sortir d’autres. Des dizaines de ces événements indésirables graves ont été répertoriés, le réservoir est inépuisable, ça va durer quinze ans, et le parquet n’est pas capable de rapporter la preuve d’une quelconque culpabilité, alors il joue la montre, il épuise le docteur Péchier.
Soit on met le dossier sur le tapis, et on va discuter du dossier aux assises, soit on prononce un non-lieu. C’est déjà un scandale judiciaire, sur les épaules de qui on va placer la responsabilité de s’occuper d’un dossier comme ça?
Ils sont enferrés dans cet amas de procédures. Je ne sais pas quels dossiers le procureur considère meilleurs que les autres, je considère qu’il n’y en a pas un, sinon, vous pensez bien que ça ferait longtemps qu’il aurait été renvoyé devant la cour d’assises.
Il y a eu des malveillances, quelques cas pas naturels, mais cette idée de partir dès le départ sur le docteur Péchier sans en démordre est insupportable.

L’ancien anesthésiste est placé sous contrôle judiciaire dans la Vienne depuis plus de trois ans. Il était redevenu combatif après une tentative de suicide voilà un an, comment a-t-il pris l’annonce du procureur?

“Evidemment, il l’a accueillie fraîchement! Rien n’est fait pour que justice soit faite. Ils jouent la montre en attendant qu’il craque. 
L’idée de mon entrée dans ce dossier c’est d’avoir une impulsion vers une sortie de l’instruction dans une affaire où clairement on demandera un non-lieu.
Ils ne savent pas expliquer dans le lot qu’ils ont fait combien de cas sont malveillants ou dus à des problèmes médicaux. 
Là, on ne va pas vers une décision de justice, ils cherchent juste à sauver les meubles de manière honorable. Mais derrière, il y a une situation humaine, celle des parties civiles qu’on a convaincues qu’elles étaient victimes d’actes malveillants alors que ce n’est pas le cas, et celle du docteur Péchier, un médecin de qualité et qui vit une descente aux enfers. Sa vie, ce n’est plus une vie, c’est un combat… mais on ne lui donne pas d’adversaire. “

Le rappel des faits reprochés à l’ex anesthésiste de Besançon

L’anesthésiste qui exerçait dans deux cliniques de Besançon est soupçonné, selon l’accusation, d’avoir pollué, entre 2008 et 2017, des poches de perfusion de trente-deux  patients âgés de 4 à 80 ans pour provoquer des arrêts cardiaques. Treize de ces patients sont décédés. L’anesthésiste interdit d’exercer depuis le début est visé par une instruction pour empoisonnements sur personne vulnérable et empoisonnement avec préméditation. 
Le procureur de Besançon estime que le praticien est « le dénominateur commun » de tous les événements indésirables graves suspects survenus lors d’opérations ne présentant pas, a priori, de risque particulier. 
Une vision du dossier combattue depuis le début par la défense. Des expertises et contre-expertises ont été lancée pour faire le tri dans ces trente-deux cas entre l’aléas thérapeutique, l’erreur médicale, l’acte de malveillance et l’empoisonnement délibéré.

Lien source : Vienne : la défense du docteur Péchier dénonce les nouvelles accusations