Et si les personnes qui préfèrent les animaux aux humains avaient raison?

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Plus fiables, plus purs, plus aimants… Nombreux sont les arguments convoqués par ceux qui privilégient la compagnie des animaux à celle de leurs semblables. Cette faveur s’explique aussi par les bénéfices pour la santé du contact avec l’animal.

Le ronronnement est un son que les chats émettent pour communiquer entre eux, mais qui a par ailleurs des effets bénéfiques sur les humains. | Paul Hanaoka via Unsplash
Le ronronnement est un son que les chats émettent pour communiquer entre eux, mais qui a par ailleurs des effets bénéfiques sur les humains. | Paul Hanaoka via Unsplash

80 millions. C’est le nombre d’animaux domestiques en France en 2021, selon une étude Kantar reprise par la Facco (Fédération des fabricants d’aliments pour animaux). Parmi eux, environ 15 millions de chats et 7 millions de chiens. Pas de doute: les Français aiment les animaux.

D’ailleurs, en 2016, ils étaient 51% à préférer passer du temps avec leur chien ou leur chat plutôt qu’avec leurs amis, d’après une enquête OpinionWay. Pourtant, la Fondation 30 millions d’amis indique que 100.000 boules de poils sont abandonnées chaque année. «Les humains qui maltraitent les animaux me rendent folle. Il n’y a qu’à regarder tout ce qu’on leur fait subir alors qu’eux, ils nous aiment sans limite», souligne Gabrielle, 28 ans.

Comme beaucoup d’autres, elle fait partie de ces personnes qui disent préférer les animaux aux humains. «Ils sont sincères et transparents, n’ont pas de mauvaises intentions, argumente-t-elle. Quand on regarde les humains, on détruit la planète, on est foncièrement mauvais –même si bien sûr, certaines personnes sont géniales.»

L’animal ne peut pas nous décevoir

Elizabeth, 59 ans, partage son avis: «L’être humain agit avec son cerveau, tandis que l’animal agit avec son cœur. Il est pur. Il ne pense pas à l’argent, par exemple, il n’est pas perverti. Pour moi, l’espèce humaine est stupide, menteuse, ingrate, jalouse, égoïste, méchante, violente et prétentieuse. Les animaux sont humbles et ne demandent que de l’amour.» Pour venir en aide à ses compagnons préférés, elle cotise tous les mois pour différentes fondations comme 30 millions d’amis, la SPA ou encore la Fondation Brigitte Bardot.

On leur doit bien ça, compte tenu de tout le bien être qu’ils nous apportent: il a notamment été montré que vivre avec un chien augmenterait l’espérance de vie, en réduisant de 24% le risque de mortalité, toutes causes confondues, et de 31% quand il s’agit de causes cardiovasculaires.

«J’ai connu tellement de trahisons de la part des humains que je me sens bien plus rassurée auprès de mon chien.»

Maé, 23 ans

Pour Pierre, 38 ans, c’est l’inconditionnalité de l’amour des animaux qui rend ces relations si précieuses. «Que je sois triste, en colère ou en forme, l’animal m’aime pareil. Que je sois riche ou pauvre, il m’aime pareil. Que je sois dans un appartement ou une maison, propriétaire ou locataire, il m’aime pareil. Que je sois noir ou blanc, il m’aime pareil, développe-t-il. Les relations avec les humains sont marquées par le doute et l’incertitude, alors que la déception, la tristesse et l’incompréhension sont complètement exclues d’une relation avec un animal.»

Des humains qui en déçoivent d’autres, c’est d’ailleurs la raison la plus évoquée par les clients de Jean-Yves Gauchet, vétérinaire à Toulouse et auteur de Mon chat et moi, on se soigne!. C’est le cas de Maé, 23 ans: «J’ai connu tellement de trahisons de la part des humains que je me sens bien plus rassurée auprès de mon chien. Quand je le regarde, je sais que notre amour ne faiblira jamais. Après une mauvaise journée, je vais dans son panier et on fait un câlin pendant dix-vingt minutes jusqu’à, parfois, s’endormir ensemble.»

Une présence apaisante, voire salvatrice

Pour Jean-Yves Gauchet, ce n’est pas un hasard si le chat est l’animal le plus présent dans les foyers français: «Il est propre, moins contraignant qu’un chien et très câlin. Ce dernier point est important, car nous avons tous un déficit tactile, surtout si l’on vit seul. Or, le chat adore se faire caresser, son pelage n’attend que ça: dans sa peau, à la base des poils, il y a des petits récepteurs qui perçoivent la douceur. Lorsqu’il ronronne, c’est la cerise sur le gâteau.»

Le ronronnement est un son que les chats émettent pour communiquer entre eux, mais qui a par ailleurs des effets bénéfiques sur les humains, poursuit le vétérinaire, père de la «ronronthérapie»: «Lorsqu’un chat ronronne près de nous, nous produisons des phéromones, de la sérotonine, de l’ocytocine et des endorphines qui nous calment. C’est comme un anti-stress!»

«Je ne comprends pas les sous-entendus, je n’arrive pas toujours à me situer dans les conversations. Alors pour moi, communiquer avec les animaux est plus simple.»

Zou, 20 ans, en cours de diagnostic d’autisme Asperger

C’est pourquoi la compagnie d’un petit félin (ou de tout autre animal de compagnie) peut être conseillée pour des personnes anxieuses, mal à l’aise en société, voire en cas de trouble du spectre de l’autisme (TSA).

À 20 ans, Zou, en formation d’auxiliaire vétérinaire, vit avec des poules, des lapins, un hamster, un chat et des chevaux, et est en cours de diagnostic d’autisme Asperger. «Je ne comprends pas les sous-entendus, je n’arrive pas toujours à me situer dans les conversations, explique-t-elle. Alors pour moi, communiquer avec les animaux est plus simple. Là où les humains disent parfois des choses qui ne correspondent pas à leurs intentions, le langage des animaux est plus authentique et reposant.»

En juin 2020, le Journal of Autism and Development Disorders publiait justement une étude confirmant que la thérapie assistée par les animaux (TAA, aussi appelée «zoothérapie») avec des chiens «peut être utilisée pour réduire le stress perçu et les symptômes d’agoraphobie, et pour améliorer la conscience sociale et la communication chez les adultes atteints de TSA».

La zoothérapie séduit de plus en plus

L’idée est d’utiliser les animaux (notamment les chiens et les chevaux) comme des médiateurs entre les soignants et les patients, afin d’agir non pas sur le volet purement médical, mais sur la gestion des émotions, du stress, la communication…

La zoothérapie est ainsi utile pour les personnes atteintes de TSA, mais pas seulement, indique François Beiger, fondateur de l’Institut français de zoothérapie, qui la conseille également en cas d’Alzheimer, de schizophrénie, de troubles de l’apprentissage ou du langage, de dépression… «Par exemple, le fait qu’une personne âgée caresse un chien l’apaisera et permettra d’engager la conversation, en parlant peut-être de ceux qu’elle a eus durant l’enfance», illustre-t-il.

De plus en plus, la zoothérapie s’invite dans les Ehpad ou les hôpitaux psychiatriques. Le chiffre d’affaires de l’Institut français de zoothérapie a augmenté de 30 à 40% environ et la structure a formé 542 professionnels l’année passée. Preuve que la discipline est désormais prise au sérieux en France et que les animaux nous sont décidément d’une grande aide.

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