La modernisation de la Chine vue par un Chinois du peuple

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L’auteur, Wang Yiwei, est vice-président de l’Académie de la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère – université Renmin de Chine – et professeur titulaire de la chaire Jean Monnet.

« Réaliser la modernisation d’ici l’an 2000, avec des téléphones disponibles en haut et en bas à la maison. » Ce sont les premières lignes qui ont attiré mon attention lorsque j’ai ouvert mon manuel d’école primaire. Je suppose que c’était le rêve chinois de la modernisation.

Cependant, la réalité est que nous pouvions à peine nous nourrir quand j’étais petit car notre famille était nombreuse. Ma mère était l’aînée des neuf filles de sa famille, donc contrairement à d’autres filles qui ont quitté leur famille pour vivre avec leur mari, elle a fait emménager le marié dans sa famille à la place. Cela signifiait qu’elle devait subvenir aux besoins de ses huit sœurs cadettes tout en s’occupant de ses cinq enfants. Et ce n’était pas tout : il y avait aussi mon demi-frère aîné issu du précédent mariage de mon père.

À cette époque, les gens se saluaient en demandant « Avez-vous déjà mangé ? » J’avais à peine l’énergie de répondre à de telles salutations car j’étais affamé.

Mon rêve d’enfant était d’avoir un bon repas, et ce n’était que le jour de mon anniversaire que je pouvais faire cuire un œuf pour moi, dans la marmite où était cuite la nourriture des cochons. J’attendais avec impatience le Nouvel An chinois, pour pouvoir manger de la viande.

Je me souviens d’un jour où je rendais visite à nos proches pendant le Nouvel An chinois ; on m’avait servi un bol de nouilles chaudes avec une cuisse de poulet dessus : un délicieux repas dont j’avais rêvé tout au long de l’année ! Alors j’enfouis ma tête dans le bol et mangeai rapidement. Mais quand j’ai levé les yeux, j’ai vu l’expression sur le visage de mon parent. La cuisse de poulet était là juste pour le spectacle et on s’attendait à ce que le convive la laisse pour le prochain invité. D’autres visiteurs viendraient, et il n’y avait qu’une seule cuisse de poulet dans le foyer !

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Des « coupons alimentaires » sont exposés lors d’une exposition à Xi’an, dans la province du Shaanxi.

Depuis mon enfance, j’ai toujours envié les gens des villes, qui avaient du riz à manger sans avoir à le cultiver, alors que nous autres, qui le cultivions, n’avions que des patates douces à manger. Mais comme mes parents étaient tous les deux « professeurs aux pieds nus » (les enseignants des écoles rurales qui ne reçoivent pas la rémunération normale du gouvernement mais sont payés par la population locale), ma famille avait encore des coupons alimentaires, et de temps en temps j’offrais du riz à mes voisins en échange de patates douces, pour qu’ils m’aident à couper du bois de chauffage.

Aujourd’hui, mon fils ne voit plus que dans les musées des « coupons alimentaires » et des outils agricoles. Comment la Chine est-elle passée du manque de nourriture au fait d’être pointilleuse sur celle-ci ?

Premièrement, pourquoi les paysans chinois, qui travaillaient si dur, de l’aube au crépuscule, n’avaient-ils toujours pas assez à manger après 30 ans de fondation de la Chine nouvelle ? C’était parce que les paysans vendaient leurs produits agricoles durement gagnés à très bas prix au pays, car la terre appartenait à l’État et que les paysans devaient encore payer des impôts agricoles, qui n’ont été abolis qu’en 2006.

Ainsi, l’État a obtenu son premier pot d’or pour l’industrialisation. Ceci est différent de ce qui s’est passé dans les pays occidentaux, dont l’industrialisation s’est basée sur l’exploitation, l’oppression et la colonisation du monde entier ou presque. Après la réforme et l’ouverture, ma ville natale, le comté de Ruichang, province du Jiangxi, a accumulé des fonds pour l’industrialisation et la construction urbaine grâce au financement foncier, et en seulement deux décennies elle a profondément changé et s’est transformée en une toute nouvelle ville.

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Récolte du riz le 29 septembre par des villageois de la commune de Yitang, comté de Yunmeng, province du Hubei. La terre est recouverte d’un manteau doré pendant la saison de récolte, formant un rouleau d’images colorées.

Deuxièmement, le parti politique crée l’État, et l’État crée le marché, le marché crée la société et la société crée la civilisation.

À la fin de la révolution culturelle, ma famille a déménagé en ville et a été récompensée par un téléviseur couleur de 14 pouces. Même si cela a suscité l’envie de nos voisins, nous pouvions en fait à peine joindre les deux bouts. Quand j’ai été admis à l’université, je suis venu à Shanghai ; dans cette grande ville, je n’avais toujours pas assez à manger et je me sentais toujours inférieur. Je n’osais pas parler aux filles de ma classe, et la seule chose que je leur demandais, c’était des coupons alimentaires en échange d’un petit boulot pour leur apporter de l’eau bouillie.

L’entraide et le patriotisme sont les fondements culturels de la modernisation à la chinoise. Lorsque le Parti communiste chinois a été fondé en 1921 et la Chine nouvelle en 1949, le pays a accumulé des richesses grâce aux ciseaux de prix industrie/agriculture en interne, et après la réforme et l’ouverture par le biais de la location de terres et de la promotion des investissements, il a gagné plus de fonds pour la création industrielle et créé des marchés grâce au développement des infrastructures.

Lorsque le marché a été formé, l’esprit de contrat a été établi et la primauté du droit a suivi. La Chine est passée d’une société de sang à une société de droit, rajeunissant la civilisation chinoise.

Troisièmement, la Chine est sur la voie du développement indépendant et suivra toujours la même voie.

On a longtemps considéré la modernisation de la Chine, qui représente près d’un cinquième de la population mondiale, comme impossible et même effrayante, ce qui sous-tend la « théorie de la menace chinoise » populaire dans les pays développés.

Il y a vingt ans, la communauté internationale se demandait : « qui va nourrir la Chine ? », et le 15 avril 2010, le président américain de l’époque, Barack Obama, a déclaré dans une interview à l’Australian Broadcasting Corporation que « si plus d’un milliard de Chinois vivaient de la même façon que les Australiens et les Américains le font maintenant, alors nous serions tous dans une situation très critique, parce que c’est quelque chose que cette planète ne peut pas se permettre ». La Chine non seulement se modernise, mais, ce faisant, elle recrée la modernisation et lui donne un nouveau sens de civilisation.

La Chine a à peu près la même taille que les États-Unis mais possède moitié moins de terres arables et a une population quatre fois supérieure, sans parler de la ligne Heihe-Tengchong qui divise la Chine en deux parties aux densités de population contrastées.

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Diffusion en direct pour la promotion de produits locaux dans le village de Shibadong, Xiangxi, province du Hunan, par Ma Huihuang (à gauche), le chef de l’équipe de lutte contre la pauvreté du village de Shibadong, et Shi Linjiao (au milieu), étudiante qui est retournée dans son village après l’obtention de son diplôme (15 mai 2020).

La moitié sud-est de la Chine représente 43,4 % de la superficie terrestre du pays et 93,68 % de la population. Au contraire, le nord-ouest manque d’eau, est immense et peu peuplé.

Comment réussir la modernisation ? Nous devons faire jouer pleinement le système national, mettre en place un réseau national de transport interconnecté, renforcer la coordination est-ouest et l’aide ciblée. Les entreprises d’État jouent un rôle important dans la réalisation de la transmission de l’électricité de l’ouest vers l’est, et le transfert de ressources informatiques de l’est vers l’ouest, pour parvenir à la réduction de la pauvreté et à la prospérité commune.

La modernisation à la chinoise intègre les relations entre les hommes, entre l’homme et la société, entre l’homme et la nature, ainsi qu’entre les pays. Ces compréhensions ont progressivement dépassé l’expérience occidentale ainsi que celle d’autres pays en développement.


En termes d’ordres de grandeur, la modernisation chinoise est une « modernisation d’une population de grande taille ». Tout comme ma grand-mère a donné naissance à neuf filles et ma mère a donné naissance à cinq enfants, est-il difficile d’être suffisamment nourri, sans parler de la modernisation ? La population chinoise de plus de 1,4 milliard d’habitants entrera dans une société moderne dans son ensemble, et son échelle dépassera la somme des pays développés existants, ce qui réécrira complètement la carte du monde.

Du point de vue des relations entre les hommes, la modernisation chinoise est une « modernisation avec la prospérité commune du peuple tout entier ». Prenons l’exemple de ma famille : ma sœur a dû élever des cochons et cultiver des terres pour que je puisse aller à l’université, mais après avoir travaillé, j’ai apporté mon aide pour que son fils puisse aller à l’université. De cette façon, la prospérité commune et la progression commune ont été réalisées à travers les générations.

En Chine, dix-neuf provinces fournissent une aide ciblée au Xinjiang. Les provinces de l’est et de l’ouest travaillent de concert pour aider à réduire la pauvreté dans les provinces de l’ouest, reflétant l’esprit de grande unité du peuple chinois. 70 % des recettes du Gansu sont fournies par le gouvernement central, tandis que 70 % des recettes de Shanghai sont transférées au gouvernement central. Voilà comment un gouvernement fort déploie le marché pour promouvoir la prospérité commune.

Du point de vue de la relation de chacun avec lui-même, la modernisation chinoise est une « modernisation caractérisée par l’équilibre entre la civilisation matérielle et spirituelle ». Être un érudit, c’est être au sommet de la société – mes parents m’ont appris cela depuis que je suis enfant. J’ai depuis mon enfance le noble idéal d’en faire bénéficier les travailleurs du monde. Ma famille s’est modernisée, elle est non seulement matériellement riche, mais aussi spirituellement riche. C’est ça une famille heureuse.

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La première éolienne du projet d’énergie éolienne de Fuyuan, dans la province du Yunnan, a été connectée au réseau et mise en service le 11 novembre, par la société SPIC Yunnan International, ce qui marque la mise en service réussie de l’éolienne des montagnes en Chine ayant la plus grande puissance.

Du point de vue de la relation entre l’homme et la nature, la modernisation chinoise est une « modernisation favorable à la coexistence harmonieuse entre l’homme et la nature ». Depuis l’antiquité, les Chinois croient en « l’union entre la nature et l’homme », et aujourd’hui cela s’est transformé en un concept : « les eaux claires et les montagnes luxuriantes sont des atouts inestimables ». Le « double objectif carbone » est absent de l’histoire de la modernisation occidentale. Maintenant, en Chine, sur la montagne où l’on coupait le bois quand j’étais enfant, les pales d’éoliennes sont dressées, et maintenant les enfants n’ont plus besoin de couper du bois pour cuisiner, on utilise du gaz.

Du point de vue des relations entre pays, la modernisation chinoise est une « modernisation qui poursuit la voie du développement pacifique ». Adhérant au concept « Harmonie, valeur suprême », nous ne volions en aucun cas même en temps de famine, mais nous mangions dans d’autres familles, nous nous aidions les uns les autres et surmontions ensemble les difficultés. Quand j’étais enfant, beaucoup de familles m’ont nourri. J’ai connu la chaleur de la grande famille de la nation chinoise. S’appuyer sur les montagnes et l’eau, et chercher à tirer le meilleur parti des ressources locales, c’est le mode de production de la civilisation agricole, qui détermine son caractère pacifique.

Les Chinois ont une vision holistique des relations entre la Chine et le monde. Prenons l’exemple de l’autosuffisance alimentaire. Les Chinois savent que s’ils achètent trop de nourriture sur le marché international, les prix alimentaires mondiaux vont bondir, conduisant de nombreuses personnes dans les pays pauvres à souffrir de la faim.

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Grand Palais du peuple à Pékin, le 16 octobre 2022.

Ce modèle de modernisation, enraciné dans le sol chinois et adapté à la réalité concrète du pays, est réalisé par le peuple chinois sous la direction du Parti communiste chinois et est éprouvé par la pratique. La direction du Parti communiste chinois est la caractéristique la plus essentielle et le plus grand atout du socialisme aux caractéristiques chinoises.

La mission du PCC lors de sa fondation est de servir le peuple de tout cœur, de sorte qu’il ne permettra pas au marché de se développer hors de contrôle. L’économie chinoise repose sur de solides entreprises d’État. Par exemple, le Sichuan est riche en ressources en eau, c’est pourquoi les entreprises d’État chinoises ont construit des centrales hydroélectriques dans le Sichuan, et l’électricité est acheminée jusqu’à Shanghai. Le gouvernement central soutient ensuite le Sichuan par d’autres moyens.

Dans son rapport au 20e congrès national du Parti communiste chinois, Xi Jinping, secrétaire général du Comité central du PCC, a déclaré que les exigences essentielles pour la modernisation de la Chine sont les suivantes : maintenir la direction du Parti communiste chinois et le socialisme aux caractéristiques chinoises, poursuivre un développement de haute qualité, développer une démocratie populaire dans son ensemble, enrichir la vie culturelle du peuple, parvenir à une prospérité commune pour tous, promouvoir l’harmonie entre l’humanité et la nature, construire une communauté humaine de destin et créer une nouvelle forme de progrès humain.

Faire de la Chine un grand pays socialiste moderne à tous égards, poursuivre le rajeunissement de la nation chinoise sur tous les fronts à travers une voie chinoise de modernisation, construire un avenir partagé pour l’humanité grâce à l’initiative de « La Ceinture et la Route » [les nouvelles routes de la soie, NDLR], est le message le plus fort adressé à la Chine et au monde par le 20e congrès national du Parti communiste chinois.

Dans le monde d’aujourd’hui, l’Europe va vers la droite, l’Amérique latine vers la gauche et la Chine va de l’avant. Probablement seule la Chine est capable de prendre en considération à la fois hier et après-demain pour regarder vers demain, c’est-à-dire de regarder vers la nouvelle ère, lorsque le pays aura réalisé depuis 50 ans son objectif de centenaire d’histoire socialiste, et de regarder vers 2050, quand la Chine sera déjà un pays socialiste moderne à tous égards, et ce dès 2035.

Ceci est une bénédiction pour la Chine et une bénédiction pour le monde.

Wang Yiwei

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