Médiation animale dans les Hautes-Pyrénées : des chèvres pour apaiser des adolescents au parcours délinquant

Dans le cadre d’un séjour pédagogique, six adolescents du Centre éducatif renforcé  Don Bosco situé en Gironde, placés par la justice après une condamnation pénale, ont participé à une matinée à la Chèvrerie de Gouaux près de Saint-Lary. Ferme où l’on pratique la médiation animale à l’aide d’un troupeau de chèvres bienfaisantes. 

Des chèvres pour apaiser les maux des plus fragiles. Tel est le défi que se sont lancé avec succès les propriétaires de la Chèvrerie de Gouaux, Christian Barbouty et sa compagne Stéphanie, il y a plus de deux ans. ” À la base, je suis venu près de Saint-Lary pour donner un autre sens à ma vie”, déclare Christian Barbouty. ” Stéphanie et moi avons repris une bergerie dans le petit village de Gouaux, sans avoir l’intention de faire de la médiation animale. C’est la somme de rencontres avec plusieurs personnes en souffrance, et qui ont manifesté une amélioration de leur état au contact des chèvres, qui m’a convaincu de nous lancer dans cette aventure.”

Stéphanie et son compagnon Christian sont propriétaires de la chèvrerie depuis deux ans
Stéphanie et son compagnon Christian sont propriétaires de la chèvrerie depuis deux ans
DDM – Sophie Loncan

Déjà sensibilisé au sujet, le couple qui produit du fromage, et vit de la vente directe, décide alors d’ouvrir les portes de sa bergerie aux personnes en situation de handicap ou en grande détresse morale. Non pas dans un but lucratif, mais simplement dans l’objectif d’apporter du bien-être aux autres. ” Nous ne sommes pas des thérapeutes. Nous mettons seulement un troupeau de chèvres  soigneusement préparé à recevoir du public à disposition des éducateurs spécialisés, et psychologues, qui accompagnent les enfants ou leurs patients”, précise Christian. Des chèvres “V.I.P”, qui écoutent de la musique sacrée et bénéficient chaque jour de massages durant la traite. ” Une fois que nous avons édicté les consignes de sécurité et de respect envers les animaux aux groupes que nous recevons, nous nous effaçons.”

Les chèvres font le lien entre les éducateurs et les enfants
Les chèvres font le lien entre les éducateurs et les enfants
DDM – Sophie Loncan

Un concept qui a fait ses preuves selon les éducateurs du Centre éducatif renforcé Don Bosco (Gironde), qui accueille des adolescents âgés de 14 à 17 ans placés par la justice suite à une condamnation pénale. Depuis plus d’un an, l’équipe pédagogique du centre travaille main dans la main avec Christian et Stéphanie, et constate des effets bénéfiques sur le comportement de leurs pensionnaires après une visite à la chèvrerie.

Se sentir aimé

Les adolescents apaisés au contact des animaux
Les adolescents apaisés au contact des animaux
DDM – Sophie Loncan

Si le trajet en minibus a été plus que mouvementé jusqu’à la ferme de Christian et Stéphanie, Sacha, l’une des éducatrices spécialisée du centre, a noté un changement de comportement radical chez les six adolescents qu’elle a accompagné en visite ce mercredi 25 janvier. ” Au moment de monter dans le bus, ils ne voulaient pas participer à l’activité. Mais une fois qu’ils sont entrés dans la chèvrerie, ils n’ont plus voulu en partir. Les plus récalcitrants sont finalement ceux qui manifestent le plus de tendresse avec les chèvres.”

Sacha, éducatrice spécialisée au centré éducatif renforcé Don Bosco
Sacha, éducatrice spécialisée au centré éducatif renforcé Don Bosco
DDM – Sophie Loncan

Un pari réussi pour l’éducatrice, comme à chaque séjour qu’elle a organisé dans les Hautes-Pyrénées. ” Ce sont des enfants pour la plupart issus de cités ou de quartiers difficiles, avec un parcours délinquant. La médiation animale nous permet de les confronter à des situations  qu’ils ne connaissent pas, mais aussi à casser les codes qu’ils ont appris. Nous observons leurs réactions et en parlons avec eux.” Un moment hors les murs du centre fermé, qui a permis aux adolescents et éducateurs de se découvrir autrement et de tisser une relation différente. ” Si la chèvre est le catalyseur, c’est à l’éducateur ou au thérapeute de se saisir de cet instant pour fermer le triangle vertueux avec la, ou les, personne(s) qu’il suit”, ajoute Christian Barbouty. 

Les chèvres, catalyseurs entre les éducateurs et les adolescents difficiles
Les chèvres, catalyseurs entre les éducateurs et les adolescents difficiles
DDM – Sophie Loncan
Gwénaël, entouré de l'affection des chèvres, a su rendre en retour
Gwénaël, entouré de l’affection des chèvres, a su rendre en retour
DDM – Sophie Loncan

Instinctivement, les chèvres se sont  focalisées sur les enfants en grande difficulté émotionnelle. Ainsi, Gwénaël, 16 ans, est resté de longues minutes encerclé par les chevrettes et assailli de câlins. Un flot de tendresse par lequel il s’est laissé porter, et auquel il a répondu par une longue séance de caresses. “Je les aime, alors elles m’aiment aussi…” a-t-il déduit. Une logique implacable qui a laissé sans voix ses accompagnateurs.

Joseph a pris soin d'une chevrette
Joseph a pris soin d’une chevrette
DDM – Sophie Loncan

Pour Christian Barbouty, rien d’étonnant à tout cela. ” Ce sont les chèvres qui viennent à vous si elles ressentent que vous avez besoin d’elles. Ces enfants sont souvent en grande carence affective et en manque de repères. Et puis les animaux ne jugent pas, ils vous aiment simplement.” Et de se remémorer ce jour où une enfant autiste et en fauteuil roulant, accompagnée de ses parents et de son psychologue, a embrassé une chèvre. ” C’était la première fois qu’elle faisait un bisou, tout le monde était en pleurs dans la bergerie.”

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