Trafic de migrants à Châtellerault : le très lucratif réseau des passeurs irakiens

Trafic de migrants à Châtellerault : le très lucratif réseau des passeurs irakiens

La cour d’appel de Rennes a rejugé l’affaire du vaste trafic de migrants établi notamment à Châtellerault. Le réseau, baptisé Shere-Khan et démantelé en janvier 2020, aurait généré 70 millions d’euros de profit, selon les enquêteurs.

Douze personnes, toutes de nationalité irakienne, soupçonnées d’avoir participé à un vaste trafic de migrants via le réseau autoroutier (dont l’A10) en France, étaient rejugées en appel à Rennes en septembre dernier.

Ce réseau de passeurs irakiens, baptisé Shere-Khan était établi dans toute la France, entre Châtellerault, Le Mans et la Grande-Bretagne, avec des ramifications aux Pays-Bas et en Belgique.

27 Irakiens condamnés en correctionnel et 12 rejugés en appel

En mars 2022, en première instance (1), pas moins de 27 suspects avaient été condamnés à des peines allant d’un an et demi à sept ans de prison.

Vendredi dernier 4 novembre, la cour d’appel de Rennes (Ille-et-Vilaine) a rendu son arrêt : quatre des prévenus rejugés ont écopé de peines plus lourdes, allant jusqu’à huit ans de prison ferme (2), rapportent nos confrères de Ouest France.

Au-delà des peines, ce sont les investigations et les contours de cette affaire (détaillés dans les 90 pages de l’ordonnance de renvoi) qui attirent l’attention.

L’affaire démarre dans les bois d’Antran au bord de l’A10…

Cette affaire retentissante d’ampleur nationale avait notamment démarré le 3 septembre 2018 près de Châtellerault avec le contrôle et le placement en retenue administrative de 22 migrants dans les bois d’Antran, non loin de l’aire de service de l’A10 Châtellerault-Usseau.

Dans le dossier, on apprend notamment que le réseau, à dominante kurde-irakienne, aurait permis le passage, chaque mois, de 500 candidats à l’exil vers le Royaume-Uni, via Dunkerque et Grande-Synthe. Soit plus de 10.000 migrants estimés, entre août 2018 et janvier 2020.

Opération coup-de-poing d’Europol

Date à laquelle les polices française et hollandaise ont démantelé ce vaste trafic, avec une opération coup-de-poing d’Europol. Bilan : 23 personnes arrêtées, 19 en France et 4 aux Pays-Bas. Dans la Vienne, quatre ressortissants irakiens, opérant à partir des squats de Châtellerault, avaient été interpellés et mis en examen (3).

Deux squats de migrants à Châtellerault dont un devant le lycée Berthelot

Les investigations des différents services de police mettent en lumière différents moyens utilisés par les passeurs : berlines allemandes (Audi, BMW…), squats de passeurs et migrants notamment dans les bois d’Antran et Châtellerault (14, avenue Wilson -devant lycée Berthelot- et au 165, rue Antran), fausses plaques d’immatriculation françaises ou belges, chargement des migrants dans les camions par découpe du toit par perceuses et scies électriques, règlements de compte entre groupes de passeurs sur les aires d’autoroute au moyen d’armes à feu occasionnant meurtre et blessures, arrestation des passeurs dénommés “Saro” et “Bilal” qui tenaient l’aire d’Usseau (86), recrutement des migrants par le bouche-à-oreille ou via le compte Facebook, système opaque de paiement des migrants (“hawalas “)…

“Une prédilection pour les camions frigorifiques censés réduire la signature thermique des migrants”

Selon la police, le prix du passage, demandé par les passeurs, allait de “3.000 à 5.000 € par personne”, selon les services de police.

Les enquêteurs notent que les passeurs avaient une “prédilection pour les camions frigorifiques censés réduire la signature thermique des migrants (pour éviter la détection dans les ports ensuite)” qui avaient le sentiment d'”étouffer”.

 Une des deux formules, appelée Formule VIP (ou Intifakir en kurde), consistait à faire monter les clandestins dans des camions (caches aménagées) avec la complicité de chauffeurs des pays de l’est où les salaires étaient les plus bas.

Ordonnance de renvoi, Cour d’appel de Rennes

Il y avait deux formules : “Le premier moyen consistait à dissimuler les clandestins dans les remorques des camions (denrées périssables, frigo…) stationnés sur les aires de repos sans que les chauffeurs ne s’en aperçoivent. La seconde formule, appelée Formule VIP (ou Intifakir en kurde), consistait à faire monter les clandestins dans des camions (caches aménagées) avec la complicité de chauffeurs des pays de l’est où les salaires étaient les plus bas.”

Pas ceux du gang criminel Shere-Khan. Selon les enquêteurs, ce trafic de migrants à travers la France (Châtellerault, Le Mans et Grande-Bretagne) représentait un business lucratif qui aurait généré plus de 70 millions d’euros de profit.

(1) Ils comparaissaient devant la Jirs de Rennes (Juridiction interrégionale spécialisée), qui traite des dossiers de délinquance organisée au niveau interrégional.

(2) Des relaxes ont également été prononcées.

(3) Ils avaient été mis en examen pour traite d’être humain commis en bande organisée, aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger, participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime, blanchiment aggravé… Certains passeurs ont fait l’objet d’un mandat d’arrêt.

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